Pourquoi le combat pour l’écologie commence près de chez soi - Alphonse

Depuis quelques temps, on intègre l’écologie dans notre quotidien, du tri des poubelles à l’achat de produits bio. Pourquoi ces gestes ont-ils frappé à notre porte ? Pour le comprendre, on est allés au Havre visiter le « Hangar Zéro » avec Cathie, retraitée depuis quelques années. On y a rencontré Brice et Arthur, respectivement fondateur et responsable communication du projet. Ensemble, on a discuté zéro déchet, écologie et réveil de conscience.

Publié en Nov. 2020
Par Manon Beurlion Manon Beurlion

Nov. 2020

Manon Beurlion

Manon Beurlion

Rédactrice


Julien Von Duigou

Le vent marin souffle sur le quai de Saône que surplombe fièrement le Hangar Zéro. En poussant le portail de fer, on découvre de vieux containers qui habillent l’immense espace. On entend, tout près de nous, des perceuses tonitruantes. Entre deux coups de scie, Brice nous accueille aux côtés d’Arthur. Autour d’eux, quelques volontaires sont venus donner un coup de main. Aujourd’hui en construction, le lieu sera habité d’ici 2021 par une serre de permaculture, un restaurant zéro déchet, une boutique mutualisée de petits créateurs, une agora, des ateliers pédagogiques et des jardins partagés. Le Hangar Zéro, c’est 1000 et une façon de repenser notre manière d’habiter le monde, un monde plus écologique.

L’arbre qui tombe

On entend l’arbre qui tombe, mais pas la forêt qui pousse” nous dit Brice. Une belle métaphore pour parler des problèmes environnementaux. La crise écologique, c’est l’arbre qui tombe. D’après l’ADEME (Agence de la transition écologique), 100 milliards d’emballages sont jetés chaque année en France. En d’autres chiffres, cela représente 590 kg de déchet par an et par personne dont :
– 80 kg d’emballage,
– 20 kg d’aliment dont 7 kg non consommé encore emballé,
– 16 à 20 kg d’équipement électrique ou électronique.

Or seulement 20% des déchets triés sont réellement recyclés. Pour palier à tous ces chiffres qui pourraient nous rendre chèvre, certain·e·s se sont lancés un objectif de “zéro déchet”. Kezako ? “Le zéro déchet c’est réduire au maximum notre production de déchets. Il s’agit bien de revoir son mode de consommation afin de produire moins de déchets à la source, et non pas simplement de mieux intégrer le recyclage dans nos modes de vie.” Arthur en est certain : “En fait, il faut qu’on voie au delà du recyclage. Il faut rappeler que le meilleur déchet est celui qui n’est pas créé”. Brice rebondit : “Et la meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas. Ce qu’approuve Cathie en riant.

La forêt qui pousse

Et si l’on entend l’arbre qui tombe, on n’entend pas la forêt qui pousse. Pourtant, la volonté de mettre l’écologie au cœur du quotidien est de plus en plus présente. C’est d’ailleurs souvent de la terre que naît l’éveil de la conscience. Pour Brice, il a eu lieu il y a 10 ans, en Australie, lorsqu’il gérait un projet d’agriculture urbaine. Depuis, pour respecter la cause dans laquelle il s’est engagé, il se réfère à deux curseurs : Je m’interroge si ce que je fais ou achète respecte l’environnement ou ma santé. Idéalement, si cela respecte les deux. Brice l’admet, il est souvent contraint de faire des compromis pour réduire son empreinte écologique. Par exemple, il ne peut pas toujours acheter bio – question de budget –. Mais s’il ne peut pas, il essaye au moins que cela vienne de France.

Le zéro-déchet permet de réduire son empreinte carbone (qui correspond au volume de CO2 émis par un objet, une entreprise ou un humain, dans son mode de vie ou de fonctionnement), mais il existe aussi d’autres manières d’être plus respectueux·se de l’environnement. Pour Brice, cela a commencé en devenant végétarien (l’élevage représente environ 1/7 de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre). Puis il a enfourché son vélo qu’il ne quitte plus. Finies les traversées dans le ciel : “J’ai eu ma dose de voyages en avion.Chacun·e peut adapter son quotidien à un geste plus responsable : ne plus utiliser la voiture pour les petits trajets, faire son compost ou encore consommer local, acheter des vêtements de seconde main… En bref, chaque petit geste compte.

Brice nous confie sa recette miracle pour essayer d’être au plus proche de ses convictions : “Tous les ans, j’essaye de me rajouter un objectif.” En déménageant en ville il y a un an, la voiture est restée au chaud. Pour Cathie, les contraintes se sont levées à la retraite : “C’est beaucoup plus facile d’adopter un comportement écologique depuis que je ne travaille plus. Je ne cours plus après le temps, je peux aller faire le marché le matin par exemple. Mais cela ne s’est pas imposé comme une évidence : “C’est une réflexion qui s’est faite doucement.” Comme Brice, fini la voiture, c’est le vélo qui prime – et les petits primeurs aussi -. Notre lectrice participe également à des actions locales, comme ramasser des déchets sur les plages ou être bénévole à l’association La Mouette (une épicerie coopérative au Havre).

« Je m’interroge si ce que je fais ou achète respecte l’environnement ou ma santé. Idéalement, si cela respecte les deux. »

Un laboratoire d’expérimentation et de transmission

Les meilleurs projets sont les projets locaux” : en effet, il est difficile d’avoir un impact direct à échelle mondiale ou internationale. Pour Cathie, ils sont “comme des confettis un peu partout” : des petites initiatives certes, mais qui changent la donne. Et c’est aussi là tout le terreau du Hangar Zéro : fédérer ces associations et entreprises qui vont dans le bon sens. Notre lectrice est enthousiaste : “Moi, je suis partante pour que La Mouette intègre votre projet.” 

Pour éveiller l’autre, il ne suffit pas d’une pluie de confettis. Il ne s’agit pas non plus de montrer l’écologie comme quelque chose de pesant. Comment rendre le tout plus ludique ? En réunissant les écolos les plus gourmand·e·s autour d’ateliers de cuisine zéro déchet, par exemple. Pour Brice, “la lumière vient de l’intérieur”. Et quoi de mieux pour la trouver que de créer du lien ? Comme le souligne Arthur, “l’écologie est avant tout humaine et sociale”. Tout réside donc dans la pédagogie et le contact à l’autre.

D’ailleurs, c’est l’objectif du Hangar Zéro : être un laboratoire d’expérimentation pour transmettre ses apprentissages et ses savoir-faire à quiconque voudra. Et pour cela, des conférences sont déjà organisées. Car transmettre ces idées, c’est permettre de multiplier les actions des un·e·s et des autres. Et faire tomber l’image « bobo » qui peut être donnée au lieu, une perception qui fait la peau dure à la cause écologique.

« Les projets locaux sont comme des confettis un peu partout. »

Un futur ou des futurs ?

Cette image, peut-on la colorer par la force des bras ? Au Hangar Zéro, celles et ceux qui bâtissent sont des volontaires. Comme les membres de l’association “Les oubliés de la rue” (une initiative havraise qui aide et propose du travail aux sans-abris), qui viennent chaque jour participer aux travaux. Les habitants du quartier du Hangar Zéro peuvent aussi venir contribuer à la construction du lieu. Une manière pour eux de s’approprier l’endroit, “comme quand on va bricoler chez un ami : lorsque l’on y retourne, on s’y sent un peu comme chez soi” ajoute Brice.

Le Hangar Zéro, tout comme le combat pour l’écologie, est encore en chantier. Leur aboutissement dépendra de l’implication des volontaires, et des pluies de confettis qui parsèmeront le monde.

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